Le Service de sécurité d'Ukraine (SBU, Sloujba bezpeky Ukraïny) est la principale agence d'État du pays en matière de contre-espionnage, de lutte antiterroriste et de protection des secrets d'État. Longtemps peu connue du grand public en dehors de l'Europe de l'Est, cette institution est devenue depuis 2022 l'un des services les plus cités dans les médias internationaux, en raison de son rôle central dans la défense de l'Ukraine. Mais d'où vient cette agence, que fait-elle concrètement, et comment fonctionne-t-elle ?
Une institution née de l'indépendance
Le SBU a été officiellement créé le 25 mars 1992, quelques mois après la proclamation d'indépendance de l'Ukraine, par un décret du président Leonid Kravtchouk. La même journée a été adoptée la loi fondatrice « Sur le Service de sécurité d'Ukraine », qui définit encore aujourd'hui le cadre juridique de l'agence. Le 25 mars est d'ailleurs devenu la journée officielle du service.
Comme beaucoup d'institutions post-soviétiques, le SBU a hérité d'une partie du personnel, des infrastructures et des archives du KGB de la République socialiste soviétique d'Ukraine, dissous à la suite de l'éclatement de l'URSS. Cette filiation a marqué durablement l'agence : elle a dû, au fil des années, se réformer pour se rapprocher des standards des services de sécurité occidentaux, tout en conservant certaines pratiques et certains pouvoirs hérités de l'époque soviétique.
Des missions multiples
Le champ d'action du SBU est large, ce qui le distingue de nombreux services étrangers spécialisés sur un seul domaine. Ses missions principales comprennent :
Le contre-espionnage. C'est le cœur du travail de l'agence : identifier et neutraliser les activités des services de renseignement étrangers sur le territoire ukrainien. Depuis 2014, avec l'annexion de la Crimée puis le conflit dans le Donbass, cette mission est devenue une priorité absolue, face à ce que l'agence considère comme la principale menace pour le pays.
La lutte antiterroriste. Le SBU abrite le Centre antiterroriste national, qui coordonne les actions des différentes administrations en cas de menace. Il dispose également d'unités d'intervention spécialisées, dont la plus connue est le groupe « Alpha », créé à la fin des années 1980 et intégré au SBU après l'indépendance.
La protection des secrets d'État et des infrastructures critiques. L'agence veille à la classification des informations sensibles, contrôle l'accès aux données protégées et contribue à la sécurisation de sites stratégiques : centrales énergétiques, réseaux de communication, installations industrielles majeures.
La cybersécurité défensive. Avec la multiplication des cyberattaques visant l'Ukraine, le service a développé un département dédié à la lutte contre les intrusions informatiques et la protection des systèmes d'information de l'État.
La lutte contre certaines formes graves de criminalité, notamment les trafics d'armes, le financement du terrorisme et les activités de sabotage.
À ces missions s'ajoutait historiquement une compétence économique étendue, qui a longtemps fait débat et que l'agence a progressivement perdue au profit d'une structure dédiée, comme nous le verrons plus loin.
Organisation et direction
Le siège du SBU se trouve dans le centre de Kiev. L'agence dispose d'une direction centrale et de directions régionales dans chacune des oblasts du pays, ce qui en fait l'un des services de sécurité les plus maillés territorialement de la région. Ses effectifs, parmi les plus importants d'Europe de l'Est pour un service de sécurité intérieur, ont longtemps été estimés à plusieurs dizaines de milliers de personnes.
Le chef du SBU est nommé par le président de l'Ukraine, avec la confirmation du Parlement (la Rada suprême), ce qui place l'agence sous une double tutelle politique. Depuis 2022, le service est dirigé par Vasyl Maliouk, d'abord par intérim puis confirmé dans ses fonctions par le Parlement en 2023. Son prédécesseur, Ivan Bakanov, avait été limogé à l'été 2022 dans un contexte d'épuration interne visant des agents suspectés de collaboration avec la Russie.
Un service en pleine transformation
L'histoire récente du SBU est marquée par un chantier de réforme de grande ampleur. L'agence a été régulièrement critiquée pour son héritage soviétique, l'étendue de ses pouvoirs et des allégations récurrentes d'ingérences politiques ou de corruption. Des rapports et des débats parlementaires ont souligné le besoin de moderniser une structure dont les compétences couvraient un périmètre jugé trop vaste.
Une étape majeure a été franchie avec la création du Bureau de sécurité économique, opérationnel en 2022, auquel ont été transférées les enquêtes économiques relevant auparavant du SBU. L'objectif affiché était double : réduire les risques d'abus dans des dossiers économiques sensibles et permettre à l'agence de se recentrer sur ses missions fondamentales, le contre-espionnage et la lutte antiterroriste, sur un modèle proche de celui des services de sécurité intérieure occidentaux.
Depuis l'invasion de 2022
Le déclenchement de l'invasion russe à grande échelle en février 2022 a profondément transformé le travail de l'agence, qui est passée en mode de guerre.
Sur le front intérieur, le SBU a intensifié ses activités de contre-espionnage : détection de réseaux de sabotage, identification de collaborateurs travaillant pour les forces russes, et instruction d'affaires de trahison. L'agence a communiqué publiquement sur un grand nombre de dossiers de ce type, sans qu'il soit toujours possible de vérifier indépendamment l'ampleur exacte du phénomène.
Dans le domaine de la protection du territoire, le service participe à la sécurisation des infrastructures critiques, régulièrement visées par des frappes, et à la lutte contre la désinformation, un volet devenu central dans ce conflit où la communication occupe une place considérable.
Le SBU s'est également fait connaître pour des opérations offensives menées au-delà des lignes ennemies et dans le cyberespace. L'opération « Pavoutyna » (« Toile d'araignée »), menée en juin 2025 contre des aérodromes russes abritant l'aviation stratégique, a été attribuée au service par de nombreux médias internationaux et a suscité une large couverture mondiale. De même, plusieurs opérations impliquant des drones navals en mer Noire ont été revendiquées ou attribuées à des structures liées au SBU. Ces actions, largement commentées, ont contribué à donner à l'agence une visibilité inédite.
Enfin, le service a renforcé sa coopération avec les partenaires occidentaux, qu'il s'agisse d'échanges de renseignement, de formation ou de soutien technique, une évolution qui s'inscrit dans le rapprochement global de l'Ukraine avec ses alliés européens et nord-américains.
Des questions qui restent ouvertes
Comme tout service de sécurité opérant en temps de guerre, le SBU soulève des questions légitimes sur l'équilibre entre nécessité sécuritaire et protection des libertés individuelles. Les pouvoirs étendus dont dispose l'agence, la confidentialité qui entoure une partie de ses activités et le contexte de conflit rendent le contrôle démocratique complexe. Les ONG et les observateurs internationaux suivent de près ces enjeux, tandis que les autorités ukrainiennes affirment vouloir poursuivre les réformes visant à encadrer davantage l'institution, notamment dans la perspective d'une adhésion à l'Union européenne.
Ce qu'il faut retenir
Le Service de sécurité d'Ukraine est bien plus qu'un simple héritier post-soviétique. Né en 1992, traversé par trois décennies de réformes inabouties, il a connu depuis 2022 une mutation accélérée qui en fait aujourd'hui un acteur central de la sécurité nationale ukrainienne. Recentré sur le contre-espionnage et la lutte antiterroriste, impliqué dans des opérations très médiatisées, il demeure une institution en transformation, dont l'évolution sera suivie de près aussi bien à Kiev que par les partenaires occidentaux de l'Ukraine.
Le Service de sécurité d'Ukraine (SBU) : histoire, missions et rôle d'une agence clé
Source: HotArticle
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