La rivière Yonne est un cours d'eau discret mais structurant. Elle traverse des bourgs, des vignobles et des campagnes, puis rejoint la Seine. Ce trajet a fait d'elle une voie de circulation avant l'ère du chemin de fer. Les bateaux transportaient bois, pierre, vin, grain et matériaux de construction. Aujourd'hui, ce rôle économique s'est transformé, mais la rivière garde une présence visible: quais d'Auxerre, ponts, écluses, chemins de halage et canaux.
Le Canal du Nivernais et le Canal de Bourgogne prolongent cette mémoire fluviale. Ils ne sont plus uniquement des outils de transport; ils sont devenus des itinéraires pour marcher, pédaler ou contempler la campagne. En les suivant, on comprend mieux pourquoi l'Yonne a été, longtemps, une région de passages plutôt qu'un simple espace rural.
Auxerre, la capitale au bord de l'eau
Auxerre, préfecture du département, est sans doute la ville où cette relation à l'eau se lit le plus clairement. Elle possède un centre ancien, une cathédrale, des maisons à pans de bois et des rues qui montent vers les quartiers médiévaux. Mais elle est aussi traversée par la rivière, qui lui donne une dimension plus douce.
On y trouve des terrasses, des marchés, des jardins en pente et, à quelques kilomètres, des villages viticoles. Auxerre n'est pas une capitale de musée figé; elle reste une ville où l'on peut acheter des légumes, regarder la rivière passer, ou descendre un peu avant la tombée du jour. Cette proximité entre vie quotidienne, histoire et paysage est l'un des attraits les plus évidents de la ville.
Vézelay, la colline qui domine
À une heure de là, Vézelay offre un autre visage. La colline est couronnée par la basilique Sainte-Marie-Madeleine, un édifice roman dont la nef et le narthex frappent par l'ampleur de leurs proportions. Vézelay a été un lieu de pèlerinage et un point de départ pour des expéditions médiévales, mais sa force dépasse l'histoire religieuse.
Le village reste suspendu au-dessus de la campagne. Sa pierre claire, ses ruelles en pente et son point de vue sur les terres agricoles en font un lieu où l'on comprend pourquoi certains sites deviennent des mythes sans avoir besoin d'être immenses. La basilique est classée au patrimoine mondial de l'UNESCO, mais l'expérience du lieu ne se réduit pas à une inscription officielle: elle tient aussi à la lumière, au silence relatif des ruelles et à la manière dont le village semble veiller sur la région.
Chablis, le vin comme géographie
Le nom Chablis attire plus vite que celui de l'Yonne. Le village, situé entre Auxerre et la rivière Serein, est devenu l'un des vignobles les plus identifiables de la Bourgogne septentrionale. Ici, le vin se lit dans la géologie: les marles kimméridgiennes, héritées d'anciens fonds marins, donnent aux vins une tension, une minéralité et une longueur que les amateurs cherchent dans le Chardonnay.
Les appellations Petit Chablis, Chablis, Chablis Premier Cru et Chablis Grand Cru reflètent une hiérarchie ancienne, mais aussi des terroirs variés. À quelques kilomètres, Irancy propose un rouge plus confidentiel, à base de pinot noir, souvent associé aux plats de la région. À Saint-Bris, un blanc de sauvignon rappelle que ce vignoble n'a jamais été entièrement fixé dans une seule norme. Le vin n'est pas un simple souvenir touristique: il est une économie locale, un paysage et un langage commun.
Sens, la mémoire des routes
Vers le nord, Sens raconte une autre couche de mémoire. La ville, ancienne cité gallo-romaine et siège archiépiscopal, possède une cathédrale gothique qui fut l'une des premières de ce style en France. Elle garde aussi un tissu urbain dense, des places, des façades anciennes et une proximité avec la plaine de la Seine.
Si Auxerre regarde vers l'Yonne, Sens regarde vers l'histoire des grandes routes. L'archevêque et le roi, les foires et les échanges, tout cela a laissé une ville moins spectaculaire que d'autres, mais très révélatrice de la place de l'Yonne dans les itinéraires anciens. On y devine comment une cité peut rester vivante sans se transformer en décor.
Un territoire pour ralentir
Ce qui frappe, en parcourant le département, est la variété des paysages. Au sud-est, les reliefs du Morvan, avec leurs bois, leurs étangs et leurs villages perchés. Au centre et à l'ouest, des collines viticoles, des vallées, des forêts. Au nord, des terres plus ouvertes, marquées par les cours d'eau et les anciennes routes commerciales.
Cette diversité explique pourquoi l'Yonne ne se réduit pas à un vignoble ni à un site touristique. Elle peut être un territoire de marche, de vélo, de canoë, de visites d'abbayes, de musées modestes ou de simples longues vues sur les champs. Les distances sont raisonnables, mais les petites villes invitent à s'arrêter. Un voyage à l'Yonne se prépare moins comme une liste de points à cocher que comme une succession de moments: un café près d'un canal, une montée vers une église, une dégustation dans un cellier, un chemin de terre entre deux parcelles.
C'est souvent là que le département donne le plus: quand on accepte que la Bourgogne n'est pas seulement un lieu de prestige, mais un espace où l'eau, la pierre et le travail de la vigne ont mis longtemps à se parler.