Il suffit de quelques mesures pour que la salle s’organise presque toute seule. À l’évocation des premières notes, les chaises reculent, les verres se posent et une chaîne humaine se forme, prête à tourner. C’est la farandou, et dans un fest-noz, elle joue un rôle presque rituel : ouvrir le bal, accueillir ceux qui hésitent encore, et rappeler à tout le monde que la danse bretonne n’est pas une question de technique, mais d’envie d’être ensemble.
Contrairement à certaines danses plus codées, la farandou se veut accessible. On se prend par le petit doigt, par la taille ou par les épaules, selon les usages du pays, et on suit. À la tête de la chaîne, un meneur ou une meneuse trace le chemin, improvisant des figures, des croisements, des ralentissements et des reprises. Le reste du groupe n’a qu’une consigne : ne pas lâcher la personne devant soi et rester dans le rythme. Cette simplicité apparente cache pourtant une énergie collective redoutable : quand la chaîne s’emballe, elle entraîne avec elle même les plus timides.
La musique qui accompagne la farandou est généralement jouée en 4/4, avec cette pulsation franche et entraînante propre aux répertoires de Cornouaille et du pays vannetais. Accordéon diatonique, bombarde, violon ou clarinette se relayent pour maintenir la cadence. Le tempo est vif sans être effréné, ce qui permet de tenir la distance et de garder le souffle pour chanter quelques mesures entre deux tours.
Ce qui rend la farandou attachante, c’est son caractère social avant tout. On n’arrive pas au fest-noz pour la danser seul dans son coin. On la pratique en cercle ouvert, en ligne, en file indienne, et chacun peut s’insérer au moment qu’il choisit. Il n’y a pas de tenue obligatoire, pas de niveau requis, pas de partenaire attitré. Il suffit de tendre la main au voisin de gauche, de se lancer dans le mouvement et de suivre. C’est peut-être pour ça qu’elle continue de résister aux modes et aux générations.
On la trouve aussi bien dans les fest-noz traditionnels de village que sur les grandes scènes des festivals de musique bretonne, où elle sert souvent de pont entre le public et les musiciens. Elle est de ces danses qui traversent les salles, qui remettent debout ceux qui étaient restés assis et qui finissent presque toujours par faire sourire ceux qui prétendaient ne pas savoir danser.
Si vous croisez un jour une farandou, n’attendez pas d’être invité. Glissez-vous dans la chaîne, attrapez le petit doigt qui se tend, et laissez-vous porter. Au pire, vous marcherez un peu plus vite que les autres. Au mieux, vous comprendrez pourquoi, en Bretagne, on dit souvent que la nuit commence quand la farandou se lance.
La farandou, celle qui lance toujours le fest-noz
Source: HotArticle
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